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Biélorussie : nouvelle démonstration de force du président Loukachenko

Demain Citoyens !

 

Dimanche 23 mai, un événement a particulièrement retenu l’attention. Le détournement d’un avion de la compagnie Ryanair, ordonné par le président biélorusse Loukachenko, a bel et bien eu lieu, sous les yeux écarquillés de l’Europe tout entière. Celui que l’on qualifie de « dernier dictateur d’Europe » n’en finit plus de faire des siennes, et ses agissements en décontenancent plus d’un.

 

Les passagers du vol Ryanair 4978, reliant Athènes à Vilnius, ne s’attendaient sûrement pas à cela. L’avion dans lequel ils se trouvaient a pourtant dû atterrir d’urgence à Minsk, capitale de la Biélorussie, à la suite d’une fausse alerte à la bombe. En réalité, des motifs strictement politiques semblent avoir guidé la décision d’Alexandre Loukachenko et des autorités biélorusses de dérouter l’avion.

 

Une affaire résolument politique

L’acte entrepris par le président Loukachenko n’est pas dû au hasard. L’un des passagers du vol, Roman Protosevich, entretient effectivement des rapports conflictuels avec le pouvoir biélorusse, comme en témoigne la présence de son nom sur la liste des « individus impliqués dans des activités terroristes », établie par les services de sécurité biélorusses. Ainsi, ce jeune journaliste combat sans relâche la politique prônée par son chef d’Etat. Militant depuis presque dix ans, il a notamment décidé de créer, en 2012, un site intitulé « Nous sommes fatigués de Loukachenko » sur le réseau social VKontakte, faisant ainsi valoir ses revendications et son mécontentement. Surtout, le journaliste est l’ancien rédacteur en chef du média d’opposition Nexta, qui a notamment joué un rôle prépondérant dans l’organisation des manifestations anti-Loukachenko en 2020, après sa réélection entachée de fraudes. Exilé en Lituanie et en Pologne, deux pays disposant d’une forte diaspora biélorusse, depuis 2019, Roman Protosevich s’est rendu à Athènes mi-mai, pour y rencontrer Svetlana Tikhanovskaïa, principale adversaire politique d’Alexandre Loukachenko. Dès lors, le détournement de cet avion semble répondre à la volonté des pouvoirs publics biélorusses de réduire au silence ce journaliste très actif et influent. Escorté par un avion de chasse MiG-29, l’appareil de la compagnie Ryanair s’est ainsi posé à Minsk, laissant le militant à la merci de la police du pays.

 

Roman Protosevich : un cas parmi tant d’autres

Désormais prisonnier, Roman Protosevich symbolise la politique de « répression » menée par le gouvernement biélorusse à l’intérieur de ses frontières, à l’encontre de ses détracteurs. Ainsi, le pays compterait aujourd’hui 421 prisonniers politiques, d’après l’organisation de défense des droits de l’homme Viasna. La moindre activité politique, journalistique ou militante y est effectivement périlleuse, tandis que le simple fait de s’abonner à une chaîne de l’opposition peut constituer un délit. Le traitement des prisonniers pose également question. Des soupçons de maltraitance physique et psychologique prennent de l’ampleur : l’opposant politique Vitold Echourouk, enfermé au cours du mois de janvier, est notamment mort en détention très récemment. Enfin, le pays occupe désormais la 158ème place (sur 180) au classement de l’ONG Reporters sans frontières concernant la liberté de la presse. En effet, son statut dans ce domaine ne cesse de péricliter, et la décision du gouvernement biélorusse de censurer Tut.BY, premier média indépendant du pays, le démontre. Les journalistes sont ainsi en première ligne, voyant leur activité étroitement contrôlée. L’affaire Roman Protosevich s’inscrit donc dans un processus d’oppression politique de plus en plus prégnant en Biélorussie.

 

Des réponses fortes attendues

En septembre 2020, Svetlana Tikhanovskaïa exhortait l’Europe « à être plus courageuse » face à Loukachenko. Son cri du cœur semble avoir été entendu. A la suite du détournement d’avion, l’Union européenne a effectivement pris des mesures rapides, appelant les compagnies aériennes européennes à éviter de survoler l’espace aérien biélorusse. Outre la demande de libération de Roman Protassevitch, et la fermeture de l’espace aérien européen aux compagnies biélorusses, l’UE est également déterminée à appliquer des sanctions économiques à l’adresse du président Loukachenko. Celles-ci doivent encore être clairement définies par la Commission européenne et sa présidente, Ursula von der Leyen. L’Union européenne n’est cependant pas la seule organisation souhaitant répondre fermement à cet acte, qui a suscité l’indignation. Réuni en urgence mercredi dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU devrait malgré tout éprouver certaines difficultés à mettre en œuvre une déclaration commune, du fait du soutien apporté par la Russie à la Biélorussie. Quoi qu’il en soit, la nouvelle démonstration de force du « dernier dictateur d’Europe » devrait cette fois entraîner la mise en place de représailles.

 

Source image : Le Soir

Martin B.