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Le séisme Sauvé

Demain Citoyens !

153 auditions et 2819 courriers : c’est le nombre de témoignages qu’a dû enregistrer la commission indépendante demandée par l’Eglise catholique en février 2019, pour mettre la lumière sur tout les faits de pédocriminalité commis en son sein depuis 1950. Le bilan : 216 000 personnes reconnaissent avoir été abusés par des prêtres durant leur enfance, et si l’on compte ceux qui ont été victimes d’agression de laïcs (comme les personnels de catéchisme), c’est 330 000 victimes. Au total, 2500 pages de rapport accablants, éprouvants, qui ont été remises ce mardi 5 octobre à l’Eglise catholique, et entre 2900 et 3200 agresseurs identifiés.

   Le verdict à de quoi faire trembler l’Eglise : en chiffre, on estime qu’un mineur aurait deux à trois fois plus de chances d’être victime d’agression que dans les colonies de vacances, les écoles, ou dans le sport. Cette prévalence vaut surtout pour les années 1970 à 2000, où l’Eglise jouait un rôle plus central dans l’éducation des jeunes, grâce aux patronages, aux camps de vacances et au catéchisme notamment. La CIASE a en effet constaté que seulement 8,7% des agressions avaient eu lieu sur la période récente (des années 2000 à aujourd’hui), contre 56% avant 1970, et 22% entre 1990 et 2000. Cependant ces derniers chiffres sont à relativiser : il est pour l’instant impossible de déterminer si la baisse est due à une déchristianisation de la population (et donc de fréquentation des catéchismes, patronages et autres), à une véritable baisse des crimes, ou bien parce que les victimes ne sont pas encore sorties du silence.

    Mais derrière tout ces chiffres, se cache une véritable révolution dans l’Eglise. C’est la première fois que l’institution fait face à sa responsabilité dans les agressions sexuelles sur mineurs. Pour la première fois, elle ne se cache pas derrière le secret de la confession. Pour la première fois, elle prend elle-même l’initiative de chercher les agresseurs potentiels cachés en son sein. Et à travers l’Eglise, c’est la communauté catholique toute entière qui est forcée d’admettre à son tour la vérité. Cette fois, les victimes ne se retrouveront pas face à un mur de silence. Il est impossible de nier que les agressions ont eu lieu, il est impossible de nier que l’on sait.

   L’Eglise a tremblé. L’émotion était à son comble dans les paroisses, les chiffres dépassant ce que l’on avait imaginé. Dimanche dernier, Monseigneur Aupetit, archevêque de Paris, a ainsi adressé une lettre à lire à tout les paroissiens lors de la messe. Et dans cette lettre, il n’est plus question de protéger les prêtres : les victimes ont enfin obtenu l’attention de l’Eglise. Ce n’est plus pour les prêtres que l’on prie, ceux qui se sont égarés : désormais, ce sont pour les victimes. L’heure de vérité a sonné, et comme le dit donc Monseigneur Aupetit : « nous la devions aux personnes victimes et aux fidèles. » Il semble donc que l’Eglise soit enfin prête à avancer, et à rendre « plus sûre la maison commune ».

« Des profondeurs je crie vers toi Seigneur » dit David dans le psaume 53 : il semblerait que cette fois, ceux qui crient ont été entendu au moins par Monseigneur si ce n’est par le Seigneur.    

Louise Gautier-Pape