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Daech, une résurgence inévitable ?

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« Nous voyons une résurgence de Daech ». Pour Florence Parly, ministre des Armées, cela ne fait en aucun doute : une réapparition de cette organisation au Moyen-Orient est à craindre. Alors que la défaite de l’Etat islamique dans cette région semblait entérinée en 2019, le groupe terroriste reprend des couleurs : la nécessité de combattre ce phénomène se fait donc de plus en plus pressante.

Avant tout, un rappel rapide paraît indispensable, afin de mieux comprendre les intentions de Daech sur ces territoires. Sa présence en Syrie et en Irak n’est effectivement pas due au hasard : elle résulte de la volonté originelle d’Abou Bakr al-Baghdadi d’exercer un contrôle total sur ces deux Etats.

Abou Bakr al-Baghdadi, chef de file de Daech de 2010 à sa mort, le 27 octobre 2019.

Source image : Le HuffPost

Daech : une organisation terroriste particulière

L’Etat islamique, fruit d’une scission avec Al-Qaida, est fondé en Irak en 2006. Il se distingue ainsi véritablement de l’organisation dirigée par Oussama Ben Laden. En effet, outre les attentats qu’il fomente, notamment en Europe, Al-Baghdadi a un tout autre objectif en tête : asseoir son autorité politique sur les territoires qu’il contrôle. La montée en puissance de son organisation est ainsi enclenchée au cours des Printemps arabes en 2011, qui déstabilisent durablement la région. Le délitement de la Syrie est notamment à souligner. Cette situation, couplée à la dégradation de la situation économique et politique en Irak (suite à l’intervention américaine), profite à l’État Islamique, qui voit son influence s’accroître dans ces deux Etats. La prise de Raqqa, ville syrienne, en 2014, ou encore la victoire obtenue cette même année à Mossoul, deuxième ville d’Irak, l’illustrent : désormais, Daech constitue une authentique menace à éradiquer. Ces avancées fulgurantes confèrent au leader de l’organisation un pouvoir qui n’est pas à négliger. Ainsi, en 2014, Al-Baghdadi s’autoproclame calife et annonce le rétablissement du califat, suivant les principes énoncés par Mahomet au VIIème siècle, dans lequel la charia est appliquée. Se met alors en place un proto-Etat, qualifié ici de totalitaire : l’Etat islamique dispose de ressources militaires, d’anciens cadres sunnites de l’armée irakienne, de ressources économiques, et les met en pratique pour affirmer sa souveraineté sur la Syrie et l’Irak. L’imaginaire du califat, tel qu’il est entendu par Abou Bakr al-Baghdadi, prend néanmoins fin suite à une série d’événements et de batailles : Daech n’a effectivement pas les moyens suffisants pour défendre un tel Etat. Celle de Mossoul, excellemment dépeinte par le film du même nom, aboutit à la libération de la ville en 2017 et marque un tournant majeur. En mars 2019, Daech ne contrôle plus de territoires, laissant espérer un apaisement des tensions dans la région…

Territoires contrôlés par Daech en 2016, avant sa défaite à Mossoul. Un recul de l’organisation djihadiste est déjà perceptible à cette époque.

Source image : Le Parisien

La renaissance de l’Etat islamique ?

Malgré tous les désagréments qu’il a pu connaître, l’Etat islamique n’est pas mort : sa réorganisation a d’ores et déjà été amorcée. Implanté en grande en partie dans le désert de la Badia, situé au centre de la Syrie et qui s’étend de la province de Homs jusqu’à celle de Deir ez-Zor, Daech continue de se montrer agressif. Le groupe djihadiste, désormais orphelin d’Abou Bakr al-Baghdadi, bénéficie de ressources financières et militaires précieuses, grâce notamment à certains de ses caches d’armes. Cette restructuration du mouvement terroriste lui permet ainsi de semer la terreur dans les territoires où il parvient à réaffirmer sa présence. Daech a ainsi revendiqué plusieurs attaques intervenues dernièrement, qui confirment sa résurgence. Trente-neuf militaires ont par exemple été tués par l’organisation, au cours d’une embuscade, le 30 décembre dernier tandis que quinze autres soldats, de l’armée régulière syrienne, sont portés disparus depuis le 9 janvier. Plus largement, 1100 combattants pro régime ont été décimés en Syrie par l’Etat islamique depuis mars 2019 et la chute de Baghouz. Ces chiffres conséquents sont révélateurs de la volonté très claire de Daech de profiter du climat d’insécurité persistant dans cette région, pour fragiliser les pouvoirs politiques syriens et irakiens. Pour Fabrice Balanche, géographe et spécialiste du Moyen-Orient, c’est même sûr : « Les membres de l’Etat Islamique profitent de cet affrontement latent entre plusieurs acteurs en Syrie pour continuer à exister ».

Surtout, la brusque recrudescence de l’activité de Daech inspire la crainte, en particulier en Europe. Sa refonte et son influence croissante au Moyen-Orient pourraient certainement engendrer la multiplication des attentats et la mise en place d’une nouvelle « campagne de terreur » sur le Vieux Continent, à l’encontre des Occidentaux, haïs par les organisations terroristes islamistes.

Des combattants de Daech

Source image : Le Journal du Dimanche

Une communauté internationale consciente du danger ?

Face à cette menace qui plane sur le monde entier, les réactions se multiplient à l’international. En plus de Florence Parly, qui a fait part de son inquiétude, des délégations ont décidé d’alerter le Conseil de sécurité de l’ONU le 10 février 2021 sur la nécessité d’intervenir et de mener une action multilatérale entre Etats pour annihiler la progression de l’Etat islamique. Une intervention, visant au maintien de la paix, pourrait donc être mise en place à l’avenir. La France, quant à elle, a récemment pris la décision d’envoyer prochainement son porte-avion Charles de Gaulle en mission dans le golfe arabo-persique, pour y récolter, potentiellement, des informations essentielles sur l’activité de Daech au Moyen-Orient. Des actions concrètes tardent cependant à être mises en œuvre. Plus que jamais, la lutte contre le terrorisme s’annonce pourtant intense et éprouvante.

Florence Parly, ministre des Armées

Source image : Challenges

Source couverture : Paris Match

Martin B.